Nutrition

Fromage et démence : ce que montre réellement l’étude suédoise

Une étude menée en Suède associe une consommation élevée de fromage riche en matières grasses à un risque de démence inférieur. Ce résultat observationnel ne démontre toutefois aucun effet protecteur.

Fromage et démence : ce que montre réellement l’étude suédoise
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Le fromage peut-il réduire le risque de démence ? Une vaste étude suédoise apporte un résultat intéressant, mais ne permet pas de répondre par l’affirmative. Les chercheurs ont observé que les participants consommant le plus de fromage riche en matières grasses recevaient moins souvent un diagnostic de démence que les faibles consommateurs. Cette association statistique ne prouve pas que le fromage protège le cerveau ni qu’il prévient la maladie.

La distinction est essentielle pour interpréter correctement ces travaux. Une étude observationnelle suit les habitudes et l’état de santé d’une population sans attribuer elle-même un régime alimentaire aux participants. Elle peut repérer des différences entre des groupes, mais elle ne peut pas isoler avec certitude la cause de ces différences.

Une association observée pendant environ 25 ans

L’étude a suivi 27 670 adultes suédois pendant environ 25 ans. Au cours de cette période, 3 208 participants ont reçu un diagnostic de démence. D’après les résultats détaillés de l’étude suédoise sur le fromage et la démence, les personnes consommant au moins 50 grammes par jour de fromage riche en matières grasses présentaient un risque de démence inférieur de 13 % à celui des personnes qui en mangeaient moins de 15 grammes par jour.

Ce chiffre décrit une différence entre deux groupes constitués selon leur consommation déclarée. Il ne signifie pas que le fait d’ajouter 50 grammes de fromage à son alimentation réduirait personnellement son risque de 13 %. Le seuil étudié sert à comparer des habitudes dans cette cohorte, il ne constitue pas une prescription nutritionnelle.

Les chercheurs n’ont pas retrouvé d’association significative comparable pour le lait écrémé ou entier, les produits laitiers fermentés et les produits laitiers allégés examinés. Il serait donc également incorrect d’étendre le résultat à l’ensemble des produits laitiers ou à tous les types de fromage disponibles.

Cheese course of a business class meal on Fiji Airways flight 910 from Sydney to Nadi, consisting of Camembert, cheddar and Edam, along with red grapes, dried apricots, crackers and chocolate.
Cheese course of a business class meal on Fiji Airways flight 910 from Sydney to Nadi, consisting of Camembert, cheddar and Edam, along with red grapes, dried apricots, crackers and chocolate. Photo: Grendelkhan / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Le résultat concernant la maladie d’Alzheimer dépend du profil génétique

L’analyse comporte une nuance supplémentaire concernant la maladie d’Alzheimer. L’association avec un risque moindre n’a été constatée que chez les participants qui ne portaient pas la variante génétique APOE e4. Aucun enseignement alimentaire individuel ne peut être tiré de cette observation, qui ne démontre ni une interaction causale entre un aliment et cette variante, ni un mécanisme biologique précis.

Ce résultat souligne surtout l’hétérogénéité des participants. Une même association alimentaire ne se retrouve pas nécessairement dans tous les sous-groupes. Elle doit donc être examinée dans d’autres travaux avant de pouvoir contribuer à des recommandations.

Des différences de santé et de mode de vie peuvent peser sur les résultats

Les personnes qui consommaient davantage de fromage et de crème entiers avaient en moyenne un niveau d’éducation plus élevé. Elles étaient aussi moins souvent en surpoids et présentaient moins de diabète et de maladies cardiovasculaires, selon la présentation des caractéristiques des participants.

Ces écarts compliquent l’interprétation. Même lorsqu’une analyse statistique tient compte de plusieurs variables, elle ne peut pas garantir que tous les facteurs pertinents ont été mesurés et corrigés. L’alimentation s’inscrit dans un ensemble comprenant l’état de santé, les habitudes quotidiennes et les conditions de vie. Le risque inférieur observé peut donc être lié, au moins en partie, à d’autres différences entre les groupes.

69/365 - food diary.
69/365 – food diary. Photo: BLW Photography / Openverse (CC BY 2.0)

Cette prudence rejoint une règle utile en nutrition : un aliment isolé ne résume pas la qualité d’un régime. Pour replacer les choix quotidiens dans une perspective plus large, il est plus pertinent de comprendre les besoins nutritionnels qui structurent une alimentation équilibrée que de transformer un résultat statistique ponctuel en consigne.

Une mesure alimentaire ancienne et une population uniquement suédoise

L’évaluation de l’alimentation reposait sur un journal alimentaire et un entretien réalisés longtemps avant l’examen des diagnostics. Or, les habitudes alimentaires, l’appétit, l’état de santé et le mode de vie ont pu changer pendant les quelque 25 années de suivi. Cette distance entre la mesure initiale et les événements ultérieurs limite la précision avec laquelle l’exposition réelle au fromage peut être décrite.

Une autre limite tient à la composition de la cohorte : tous les participants étaient suédois. Les habitudes de consommation et les profils de santé peuvent différer d’un pays à l’autre. Comme le rappelle l’analyse des limites méthodologiques de ces travaux, les résultats ne peuvent pas être généralisés automatiquement à d’autres populations.

Ce que cette étude change, et ce qu’elle ne change pas

Ces données justifient de poursuivre l’étude des relations entre les habitudes alimentaires et la démence. Elles montrent qu’au sein de cette cohorte suédoise, une consommation plus élevée de fromage riche en matières grasses était associée à moins de diagnostics sur la durée du suivi. Elles ne permettent cependant pas d’attribuer cette différence au fromage lui-même.

Il n’est donc pas possible de présenter le fromage comme un aliment préventif, d’expliquer l’association par ses ferments ou par un nutriment particulier, ni de conseiller d’en manger au moins 50 grammes par jour sur la base de ce travail. Le résultat constitue un signal de recherche à vérifier, pas la démonstration d’un effet protecteur ni une nouvelle règle à appliquer dans l’assiette.

Photo à la une: RDNE Stock project sur Pexels (Pexels License).